Bienvenue mesdames, mesdemoiselles, messieurs, jeunes gens, vieilles peaux, animaux de bonne compagnie, compagnons du devoir et défenseurs des droits de l’âme.

 

Je vous invite ce soir à descendre au plus profond de vous, tenter une expérience insolite. L’expérience du bonheur à l’état brut. Celui qui colle aux doigts, qui se glisse sous les ongles et imprègne la peau de son odeur. Celui qui suinte, qui ressort par tous les pores. Celui qui brûle et ne se consume pas.

 

Mais d’abord, pouvez-vous expliquer qu’est-ce que le bonheur ?

 

Le définir pour le saisir dans sa globalité est un exercice compliqué.

Par contre, chacun d’entre nous pourra énumérer une multitude d’anecdotes et d’exemples hétéroclites qui symbolisent à des degrés différents notre propre idée du bonheur. Quelque chose de flou, de doux et d’insaisissable. Quelque chose d’aérien qui nous transporte. Peut être un nuage ? Ou un billet d’avion gagné à la loterie de l’école du quartier un dimanche matin alors que vous n’étiez sortis que pour acheter le pain. Et une tarte au citron meringuée.

 

On évoquerait sûrement des sensations aussi futiles que le sirocco qui vous caresse la peau une fin d’après-midi bercée par le roulis des vagues sur les galets ou « une botte de radis croquée avec du gros sel sur un banc face à Carcassonne ». Ou un tas de trucs dans le genre.

 

 

Alors entrez, visitez, laissez-vous porter, perdez-vous dans ce dédale de cuves et venez gouter les madeleines de Luc.

Elles font des bulles quand on les laisse fondre sous la langue.

Le bonheur proustien, c’est un instant « rempli de parfums, de sons, de projets et de climats » qui ont la faculté de ressurgir encore des années après les avoir savourés et qui vous rappelle que les moments précieux ne perdent jamais tout à fait leur goût si particulier.

 

 

Ce soir vous trouverez au grès de vos errances toute une galerie de portraits de ces héros du quotidienqui ont choisi délibérément de partir en quête du bonheur :

Vous croiserez peut être cette femme qui cherche à la manière d’un kamikaze, prête à sauter sur l’occasion tel un parachutiste fou sans parachute se jetant à cœur perdu d’une falaise. Base-jump sans concession. Vertige du geste. Radicale vision de l’hédonisme.

Il y a aussi ce randonneur des coteaux doux de nos divagations. Il parcoure les romans d’amour et cite tous les philosophes qu’il n’a pas lus dans leur intégralité. Il a la conviction d’un guide du routard qui pourrait promettre un gîte et un couvert confortable pour pas grand-chose. Il suffirait de lui faire confiance. Lui sourire. Lui offrir un verre de rouge. Ou un jaune. Ou les deux.

Certains ont sacralisé l’idée du bonheur. Ils l’ont érigé en trophée. Ils s’affichent dès lors sur un socle en des poses plus aristocratiques qu’un Aristochat. Mi-blasé du blason, mi-fier comme Artaban sur son trône ou Tartarin de Tarascon à la chasse aux lions. Ils posent pour la postérité. Leurs armoiries affichent leurs passions entretenues depuis des générations, capitalisées de père en fils. Des passions dynastisées au fil des lustres. Pour ces gens-là, le bonheur est bien plus qu’un trésor de guerre, c’est ce qu’ils appellent entre eux les bijoux de famille !

 

En cherchant des traces de bonheur dans tous les coins de l’usine, derrière des murs de briques fumant, dans des zones sombres et inquiétantes de votre imagination, au-dessus de passerelles grinçantes, entre les lignes des ombres fuyantes, vous trouverez peut être aussi de petits animaux.

Le bonheur, ça peut être aussi un lâché de chatons affamés un jour de marché, une invasion de pingouins rieurs qui font une chenille endiablée, de majestueuses mouettes qui chient sur d’autres mouettes plus ridicules, ou des puces obèses, pétomanes et accro à la bière, incapables du moindre saut.

 

Le bonheur à fleur de peau, c’est cette couche de savon odorante qui parle à chacun d’entre nous. C’est une part de nos racines et tout ce que nous n’avons pas encore vécu. C’est une part des anges qu’on inhale sans vergogne. C’est 72% de rêverie et tout le reste de soude. C’est une pincée de poésie. Le zest d’un vers inachevé.

 

Le bonheur, c’est le sel de nos efforts pour aller chercher des instants de plaisir. C’est le pistil de nos vies, le safran qui vient pigmenter le tableau que l’ont brosse chaque nuit, le pistou de nos soupes froides dans lesquelles on ajoute du parmesan.

 

Le bonheur, c’est être soi-même, sans fard, mais c’est aussi se déguiser, ne serait-ce que derrière un voile de fumée et se fondre dans la peau d’un autre. C’est vivre par procuration des instants magiques et inoubliables.

 

 

Aussi, je vous laisse à votre introspection extraordinaire.

Pour cela, ne vous fiez pas aux apparences, aux premières impressions. Allez chercher plus loin et vous aurez de belles surprises.

 

Ainsi, de l’autre côté de la terre, presque d’un autre monde, je vous prends la main et vous accompagne en pensée dans ce laboratoire des idées, histoire de partager avec vous cette belle escapade qui va vous être contée. Fermez les yeux. Redevenez l’enfant crédule que vous avez été. Ça va (re)-commencer.

 

Marc Jadot

 

 

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